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Apple Pay disponible en juillet en France, les partenaires annoncés

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Apple a annoncé le 13 juin dernier que l' Apple Pay serait disponible en France, en Suisse et à Singapour "dans quelques mois". Dès juillet, les clients de Banque Populaire et Caisse d'Epargne (groupe BPCE), de Boon, Carrefour Banque, Orange Cash et Ticket Restaurant pourront payer via leur mobile avec Apple Pay dans les enseignes partenaires, à commencer par la Fnac, Boulanger, Carrefour, La Grande épicerie, Cojean, Flunch, Total et Dior. Mastercard et Visa Europe ont tous deux noué des partenariats avec Apple pour proposer la technologie à leurs porteurs de cartes détenteurs d'iPhone.

Encore faudra-t-il prouver l'utilité du service. Car Apple Pay a bien du mal à faire ses preuves dans les pays où il est déjà déployé. La technologie n'est pas assez différentiante par rapport au paiement sans carte NFC, soulignent les spécialistes du secteur, et ne fait pas vraiment gagner de temps à l'utilisateur.

Paiement en ligne sur les sites partenaires

En France, pour tout paiement supérieur à 20 euros, comme pour le paiement NFC, l'utilisateur devra s'identifier grâce à un code pour valider le paiement après avoir passé son mobile sur le terminal approprié. Et l'usage du smartphone est encore moins développé dans l'Hexagone que dans les pays qui proposent déjà Apple Pay, comme les Etats-Unis ou le Royaume-Uni.

Samsung Pay va suivre dans les prochains mois

Apple Pay profite en tout cas du lancement dans ces trois nouveaux pays pour ajouter une fonctionnalité à sa technologie de paiement : les utilisateurs d'iPad pourront désormais payer en ligne avec le bouton Apple Pay, sur les sites des e-commerçants partenaires.

Samsung Pay, dont le lancement à Singapour a d'ailleurs être annoncé il y a quelques jours, devrait également débarquer en France dans les prochains mois.

Si des négociations sont actuellement en cours avec les grandes banques françaises ainsi qu'avec le Groupement des cartes bancaires pour fixer la commission qui sera prélevée par Apple sur chaque transaction, les acteurs français préparent néanmoins une riposte avec de nouvelles solutions innovantes en alternative.

La plupart des banques hexagonales sont déjà présentes sur le m-paiement depuis quelques années. BNP Paribas s'est positionné dès février 2014 -huit mois avant le lancement d'Apple Pay aux Etats-Unis- en lançant une application de m-paiement NFC. Kix propose un service similaire à Apple Pay, sauf que l'application de paiement est hébergée dans la carte SIM et non dans une "chip card" ou "secure element", la puce/coffre-fort présente dans les iPhone 6 et 6S et destinée à héberger des applications de paiement. Conséquence : seuls les mobiles sous Android ou Windows Phone et disposant d'une carte SIM NFC sont éligibles au service Kix. Autre contrainte, l'utilisateur doit être détenteur d'un forfait d'un opérateur participant (Orange, SFR ou BNP Paribas Mobile).

Orange Cash : 15 000 transactions par semaine

D'autres banques, comme la Banque Postale, la Société Générale ou CM-CIC ont lancé des services similaires, hébergés dans les cartes SIM… tout comme l'opérateur télécom Orange, qui propose depuis octobre dernier un service de m-paiement baptisé Orange Cash. Bilan : 145 000 comptes ouverts, un rythme actuel de 15 000 transactions par semaine pour un montant moyen de 17 euros. "Bien plus que ce à quoi l'on s'attendait", assure Christian Bombrun, directeur divertissement et nouveaux usages d'Orange France.

Pour améliorer leurs solutions de m-paiement et surtout pour s'affranchir des opérateurs, comme l'a fait Apple en stockant son application dans sa puce, les banques françaises commencent à réfléchir à des technologies alternatives, plus proches d'Android Pay, qui seraient hébergées dans le mobile. Avec cette méthode, baptisée Host Card Emulation, le "secure element" est déporté sur les serveurs et n'est plus contenu dans la carte SIM.  Le consortium BNP Paribas, le Groupe BPCE, la Banque Postale, Société Générale et Crédit Mutuel Arkéa --qui représente 66% de parts du marché bancaire- a ainsi créé une technologie de paiement mobile NFC sur Android, fonctionnant quel que soit l'opérateur.

La biométrie pour simplifier le geste de paiement

La version du Crédit Mutuel Arkéa utilisera la biométrie, comme Apple Pay, pour identifier l'utilisateur. Avantage : pour les paiements NFC supérieurs à 20 euros, qui nécessitent normalement de taper un code, le geste devient enfin aussi simple que le passage d'une carte bancaire sur le terminal. La banque teste le service depuis octobre auprès d'une quarantaine de clients et une trentaine de commerçants. "Un succès", selon Frédéric Laurent, directeur général adjoint en charge du pôle innovation et opérations. "80% des paiements effectués l'ont été par authentification  biométrique." L'application sera déployée avant la fin de l'année.

Le plus gros défi : faire décoller le marché

Toujours est-il que le plus gros défi, pour l'ensemble des acteurs, sera surtout de faire décoller le marché. Une étude de GFK et Cofidis Retail a dévoilé la semaine dernière que 40% des Français sont prêts à utiliser le paiement mobile à l'avenir si certains freins sont levés mais que seuls 6% l'utilisent aujourd'hui. Et les premiers résultats d'Apple Pay à l'étranger ne sont pas très encourageants. Tim Cook a eu beau prédire que 2015 serait "l'année d'Apple Pay",  le service ne représentait en fait qu'1% des transactions aux Etats-Unis un an après son lancement et plus de 75% des utilisateurs d'iPhone 6 et 6 Plus n'avaient pas encore testé le service en avril 2015, selon Kantar Worldpanel Comtech.

Les services de m-paiement via NFC n'apportent "pas suffisamment de proposition de valeur pour le consommateur", assure Didier Geiben, managing partner du cabinet de conseil GM Consultants. "Cela ne simplifie pas le mouvement du paiement par rapport au passage d'une carte NFC, donc ça ne peut pas décoller." Selon lui, "les banques ne s'y intéressent pas vraiment et travaillent avant tout sur les cartes sans contact en NFC" et elles signeront l'accord avec Apple "uniquement pour l'effet marketing".

Généralisation du NFC

L'avis d'Alexandre Martin, spécialiste des solutions de paiement innovantes du cabinet de conseil Gallit, n'est cependant pas aussi tranché. "L''inertie prévaut dans le domaine du paiement et cela prend beaucoup de temps de changer les usages mais, à terme, je pense que cela peut marcher."  D'abord, parce que l'usage du mobile est en train d'exploser. "On a perpétuellement son mobile à la main alors que la carte bleue reste au fond du sac." Ensuite, parce que l'utilisation du paiement NFC augmente fortement ces dernières années. Par ailleurs, la généralisation des mobiles équipés de capteurs biométriques facilitera le geste de paiement en supprimant l'obligation de taper un code pour un montant supérieur à 20 euros. "Toutes les ingrédients sont désormais réunis pour que le m-paiement décolle", assure Frédéric Laurent, de Crédit Mutuel Arkéa.

Apple serait prêt à ouvrir sa technologie NFC à la concurrence

Surtout, pour faire décoller le secteur, les acteurs du m-paiement misent sur les programmes de fidélisation. C'est ce qu'essaie déjà de faire CM-CIC, avec son application Fivory, ou Orange Cash, qui s'appuie sur un réseau d'une centaine d'enseignes comme la Fnac pour offrir du cashback à ses clients à chaque transaction. C'est aussi ce sur quoi réfléchit Apple en prévision de "l'Apple Pay 2.0". "Apple se rend compte que c'est un aspect nécessaire pour que sa solution finisse par décoller et travaille sur l'enrôlement des cartes de fidélité pour simplifier le parcours client, sur des services de fidélité, de couponing…", raconte Alexandre Martin, de Gallit.

Le lancement d'Apple Pay en France pourrait être annoncé officiellement en juin et les discussions sont encore en cours. En mars, le PDG d'Orange, Stéphane Richard, a surpris tout le monde en annonçant dans une interview à 01.Net qu'Apple serait prêt à laisser la concurrence utiliser sa puce NFC : "Apple nous a fait savoir qu'ils étaient prêt à intégrer notre application Orange Cash sur l'iPhone", a-t-il déclaré. Des propos qui n'ont pas encore été confirmés par Apple mais qui pourraient annoncer une ouverture de la technologie… Et laisser une porte ouverte pour les banques qui souhaitent s'y engouffrer.